RENAULT 4 TL Savane Préparation 4L Trophy

ESPACE Vintage
  • Conduite agréable
  • Polyvalence
  • Habitabilité et coffre
  • Mécanique simple et robuste
  • Freins peu efficaces
  • Difficulté de réglage des sièges
  • Visibilité
  • Bruit

Prix : 5 000 €

FICHE TECHNIQUE

Moteur

Type 4 cylindres - 8 soupapes - Essence - Traction - BVM4
Cylindrée 956 cm³
Puissance maxi 34 ch à 5000 tr/min
Couple maxi 6.50 mkg à 2500.00 tr/min

Dimensions

Longueur 3.67 m
Largeur 1.49 m
Hauteur 1.55 m

Poids

Total 695 kg

Capacités

Coffre de 255 à 950 dm³
Réservoir 25 L
Nb de places 4

Performances

Vitesse maxi 120 km/h
0 à 100 km/h 22.20 s

Environnement

Emission CO2 0 g/km

Consommations (L/100km)

Extra-Urbaine 0.00
Urbaine 0.00
Mixte 0.00
Essai 7.30

AUTO COUP DE COEUR

En production de 1961 jusqu’en 1992, la RENAULT 4, alias 4L, est l’une des voitures les plus populaires en France. La R4 y fut en tête des ventes de 1962 à 1965. Elle est la deuxième voiture française la plus vendue avec 8.135.424 exemplaires derrière la PEUGEOT 206 (8.358.217). Pour maintenir son attractivité, RENAULT a décliné sa R4 en plusieurs modèles parmi lesquels : Super, Parisienne, TL, Savane, GTL, Clan, Plein Air ou encore la version à quatre roues motrices préparée par SINPAR. Nous allons donc aujourd’hui nous focaliser sur la 4 TL Savane avec une préparation en vue du 4L Trophy, évènement étudiant dans le désert marocain. L'édition 2020 se déroulera du 20 février au 1er mars. Plus de renseignements sur le site https://www.4ltrophy.com/

Polyvalence

 La ligne ainsi que les moteurs de la R4 sont les raisons de son succès en France. La Savane fut une des dernières versions produites, utilisant la calandre entourant les phares. Le changement visible est l’adoption de pare-chocs plus épais, et l’ajout, sur ma version, de jantes en aluminium. Le deuxième gros changement est sous le capot avec l’installation des moteurs "Cléon", en fonte avec culasse en alu et vilebrequin tournant sur cinq paliers, utilisés dans les versions Savane et GTL (haut de gamme). La particularité de ces moteurs couplés à la boîte de vitesses courte de la Savane en fait, pour son époque et sa catégorie, une voiture relativement performante et affichée à un prix raisonnable, d’où sa polyvalence.

Ergonomie améliorée

Originalité du modèle Savane, la nouvelle planche de bord issue de la RENAULT 5 est plus grande et bien plus lisible. Les sièges, recouverts d’un tissu au style écossais, sont agréables. L’ergonomie n’est pas très poussée : le volant ne dispose d’aucun réglage, ce qui pose quelques difficultés aux plus grands. Dans mon cas (1,85 mètre), le volant se trouve littéralement sur mes genoux. Et pour trouver une position de conduite acceptable, on ne peut compter que sur le réglage en longueur du siège. On se retrouve donc assis un peu haut avec le retour de toit qui oblige à baisser la tête pour voir la route. Au fil des kilomètres, je me suis habitué à cette position particulière mais on est loin de l'ergonomie du poste de conduite d'une voiture moderne… Autre particularité des 4L, le levier de vitesses situé en hauteur est ni plus ni moins que le prolongement de la barre de commande "en direct" à la boîte. C’est l’illustration de la simplicité des véhicules anciens avec une mécanique "robuste". On remarque l’inexistence de toutes les fonctions audio, navigation, téléphone, climatisation. Oui, nous sommes en 1990 et sur ce modèle, la ventilation et les feux de recul sont déjà, à eux seuls, une révolution.

Une voiture en kit

Attardons-nous maintenant sur les caractéristiques de cette voiture. La RENAULT 4 est une voiture conçue et vendue pour le plus grand nombre et ça se voit ! Munissez-vous d’une clé de 12 et de 17 et la quasi-totalité de la voiture est démontée. Vous désirez changer un train arrière, faire une simple vidange ou encore remplacer un moteur et bien c’est possible. Un manuel technique montre pas à pas l’ensemble des opérations mécaniques possibles sur le véhicule.

Au niveau de la conduite, les équipes de RENAULT ont créé une voiture géniale. La prise en main est d’une simplicité déconcertante et les premiers kilomètres sont jouissifs, donnant un mélange entre la balade bucolique et le sentiment de se prendre pour les frères Marreau dès que la vitesse dépasse 80 km/h. La 4L est agréable à conduire. Cependant le tableau s’assombrit quand il s’agit de s’arrêter. Les freins de notre Savane, pourtant à disques, manquent d’efficacité, la voiture met beaucoup de temps à s’arrêter. Il faut donc être très vigilant aux distances de sécurité et en cas de freinage d’urgence. Les suspensions souples absorbent les aspérités de la route mais vous font perdre en précision et sécurité. Nous nous rendons bien compte de la limite de la 4L et de son âge.

Présentation et préparation du 4L Trophy

Alors qu’est-ce que le 4L Trophy ? Avant tout le 4L Trophy est un raid automobile solidaire qui se déroule au Maroc dans le but de distribuer des fournitures scolaires et sportives aux enfants du sud marocain à l'arrivée. Il a lieu chaque année, au mois de février. Les participants sont des étudiants âgés de 18 à 28 ans qui vont parcourir, au volant d’une 4L, environ 6.000 kilomètres à travers la France, l’Espagne et le Maroc. La ville départ se situe depuis plusieurs années à Biarritz, puis les équipages traversent l'Espagne jusqu'à Algesiras et prennent le ferry pour le Maroc, où les épreuves du raid commencent. Le parcours passe par les dunes de Merzouga puis dans l'Atlas, pour mener jusqu'à Marrakech. Les équipages roulent la journée, en se guidant à l'aide d'un roadbook et d'une boussole. Chaque soir un bivouac est prévu par l'organisation. Les deux derniers jours d'épreuves constituent l'étape "marathon", où les participants sont livrés à eux-mêmes et établissent leur bivouac en autonomie. Chaque équipage est classé en fonction du nombre de kilomètres qu'il a réalisé pour passer par chaque point de contrôle du parcours, l'objectif étant d'en parcourir le moins possible.

Ce périple a nécessité une préparation qui a commencé par l’achat en décembre 2014 d’une 4L Savane de 1990 pour participer au 4L Trophy en février 2016. Chaque weekend depuis cet achat a été consacré à la préparation mécanique de la voiture et à la recherche de sponsors. Nous avons démonté l’ensemble de la voiture à plusieurs reprises et ajouté nos fonctionnalités une à une.

Parmi les modifications extérieures, la plus notable reste la peinture dite "Gordini " allusion à la R8 Gordini. On a également équipé notre 4L avec les jantes de R5 Alpine Turbo, des antibrouillards avant rallye, des pare-chocs tubulaires et une ligne complète d’échappement en inox. Un gros travail a été réalisé à l’intérieur du véhicule ainsi que sur la mécanique où la tâche fut plus longue. Cela a commencé par le changement complet des durits, le nettoyage du carburateur, le remplacement de l’allumage et du doigt d’allumeur, l’ajout d’un deuxième ventilateur, commandé par interrupteur, le changement de l’embrayage et du maître-cylindre de freins. Un traitement contre la rouille a été appliqué sur l’intégralité du châssis, attention à la corrosion lors de l'achat de la voiture. Les faisceaux électriques ont été changés, en ajoutant des manomètres de pression d’huile, tension de batterie, température moteur et un poste radio USB.

L’habitacle a été entièrement modifié avec des sièges de RENAULT 19, un volant sport, l’ajout de moquette (bleue) pour améliorer l’insonorisation et la suppression de la banquette arrière remplacée par un coffre de rangement en bois. On comprend donc aisément que les modifications mécaniques, intérieures et extérieures permettent d’être plus efficace pour effectuer les quinze jours de route d'un parcours exigeant.

Notre 4L Trophy, une aventure

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le 4L Trophy est très contraignant pour les voitures comme pour les pilotes. Malgré la préparation, le risque zéro n’existe pas. Les 4L sont des véhicules anciens, entre 30 et 50 ans, certaines d’entre elles n’avaient pas roulé depuis des années ou dans le cas contraire, ont déjà fait plusieurs Trophy, ce qui peut endommager le châssis. Malheureusement tout participant redoute la grosse casse qui entrainera la fin de l'aventure. C’est pour cela que notre préparation a duré plus d’un an et qu’il ne faut surtout pas la négliger.

Tout a débuté en région parisienne où nous avons dû relier Biarritz pour le départ et le premier problème est arrivé : le roulement arrière droit, trop serré, est HS. Il a fallu le changer sur le bas-côté avec l’aide de quelques camionneurs. Nous sommes arrivés à Biarritz à 2 h du matin.

Départ officiel le lendemain à 15 h, la surexcitation est maximale ! Direction Algesiras avec tous les copains (cinq équipages), le passage de la frontière espagnole se fait sans encombre. Les ennuis commencent vers Burgos où notre voiture chauffe anormalement. Arrêt obligatoire dans la nuit noire des routes d’Espagne, on constate que la pipe d’admission est rouge vif. D’autres équipages s’arrêtent pour nous donner un coup de main. Nous pouvons finalement repartir trois heures plus tard, problème résolu (allumeur et carburateur mal réglés) ; le claquage du joint de culasse était proche... Nous reprenons la route et accélérons la marche, nous ne dormons que trois heures pour arriver vingt-quatre heures plus tard au sud de l’Espagne.

Convoqués le lendemain matin par l’organisation pour le briefing, on nous annonce d’éventuels retards des bateaux. Cela n’a pas raté : nous avons attendu sur le quai d’embarquement du ferry pour arriver sur le sol marocain à 2 h du matin, afin de relier Rabat où on nous attend. Après plusieurs nuits courtes et l’excitation, la fatigue commence à se faire ressentir. La 4L étant peu insonorisée, les vitesses plus réduites, les participants souffrent de somnolence sur les routes marocaines peu éclairées. Notre groupe ne fut pas épargné, l’un de nos amis s’est endormi au volant avant la dernière sortie d’autoroute et a frotté la glissière de sécurité. Résultat des courses pour eux : fin du Trophy et retour en avion. Malgré cela et le chamboulement que cela procure, nous continuons notre route et quelques kilomètres plus loin profitons du premier lever de soleil marocain avec les montagnes en vue.

Premier arrêt à Rabat à 7 h du matin pour un déjeuner avec déjà 18°C au thermomètre. Direction ensuite plein Est vers les montagnes de l’Atlas. Là, le mercure baisse et les routes commencent à se dessiner. Quelques 4L chauffent dans les cols et les premières grosses galères mécaniques commencent pour certains participants (joint de culasse, galet tendeur, casse de durit). Notre 4L avec sa boîte courte et son deuxième ventilo s’en sort à merveille. Ça grimpe, ça grimpe et là quelle belle surprise ! Nous découvrons de la neige au Maroc au mois de février et des singes dans les forêts. Quelle drôle d’image quand on pense au Maroc avec son soleil ses chameaux. La route continue quelques kilomètres jusqu’aux premiers bivouacs marocains. Pas sans peine dira-t-on ! La pluie est au rendez-vous et le thermomètre est bien bas. La nuit fut courte et difficile pour tout le monde y compris les voitures.

Le démarrage a été capricieux pour certains, quant à nous, la 4L a un pneu crevé et le thermo-contact du ventilateur est cassé. Cette première réparation matinale se fait dans la boue mais la 4L est de nouveau prête à repartir. Direction plein sud, les premières dunes et les premières pistes apparaissent. Et là le road book nous indique "droite piste 190", les dunes et le sable commencent ici, c’est ce que l’on attend depuis le début de l’aventure. Les premiers pas sont timides dans le sable puis après quelques kilomètres, le plaisir prend le dessus, pied au plancher, la 4L donne tout.

Arrivés en plein désert de Merzouga nous sommes parmi les premiers "trophystes" sur place et commençons à monter le camp où nous allons rester deux jours. Les parcours suivants sont faits à 100 % de pistes, avec la boussole et le road book pour seuls guides ; au programme, l’entraide pour faire face aux pannes mécaniques diverses et aux enlisements. Nous nous rendons compte au fur et à mesure des pistes et des galères, de la beauté du paysage qui s’offre à nous. Avec les dunes, les villages abandonnés, la piste, ce raid est tout simplement magnifique sans oublier les habitants rencontrés.

Pour clôturer et finir en apothéose, nous débutons l’épreuve "marathon" où les équipages sont en autonomie durant deux jours à travers les pistes. Le premier et unique bivouac en solitaire est planté en plein désert, au milieu de nulle part avec le silence pour seul ami ; un paysage tellement magnifique que j’y suis retourné l’année suivante. Fin des pistes, nous retournons à la civilisation en passant le col de Tizi n'Tichka pour une arrivée finale à Marrakech. Le lendemain, c’est la soirée de clôture de l’aventure, nous finissons soixante-troisième sur 1270 équipages au classement final. Le lendemain, c’est le retour, direction le ferry et le continent européen pour un retour en France, chacun à son rythme. En somme, une aventure inoubliable et refaite l’année suivante.

La RENAULT 4 a de nombreuses qualités, plaisante à conduite, fiable et accessible au plus grand nombre. Son habitabilité, son grand coffre et sa polyvalence sont également des points forts, mais le freinage, la position de conduite, la visibilité, le niveau sonore sont d'une autre époque. La 4L est utilisable dans des conditions extrêmes y compris dans le désert, c'est une voiture avant tout fonctionnelle qui rappelle à certains des souvenirs d’enfance et, pour les plus jeunes, elle offre la possibilité de vivre l'aventure exceptionnelle qu’est le 4L Trophy. Il faut quand même envisager un sérieux budget préparation pour avoir une voiture optimale en vue d’un rallye de ce type. En résumé une voiture coup de cœur cette 4L.

Frédéric ARCHAMBAULT

2020-01-05